billet-bannière

Je bosse donc je suis

L’épisode 170 de Leadershift est dédié à la question de la raison d’être professionnelle, aussi appelée Personal Why ou Personal Purpose par bon nombres d’auteurs et par ce bon Simon Sinek en particulier.

Pourquoi en parler?

Le travail est prescrit par de nombreux philosophes (Augustin, Kant, Hegel, Marx) comme solution à la question de l’existence humaine; il est souvent rattaché à un devoir institutionnel (Etat, Patrie, Eglise, Famille, Travail, etc.). Tu dois produire (i.e. aller bosser, et tant pis pour le travail non rémunéré) parce que c’est bon pour la Nation, parce que ça lave tes péchés, parce que ça te rendra libre.

Je bosse donc je suis.

Avec l’explosion de l’ensemble de ces cadres normatifs depuis en gros 150 ans, les organisations se sont retrouvées avec un sacré (jeu de mot involontaire) problème: non seulement les motivations sociales pour le travail avaient disparu les unes après les autres, mais le travail motive intrinsèquement (psychologiquement) bien moins aujourd’hui qu’il y a à peine 5 ans.

Et cela ne touche pas que les jeunes (i.e. moins de 30 ans), cibles faciles, qui ne veulent plus bosser « comme moi quand j’avais leur âge », parce qu’ielles sont moins intelligent.e.s, ou moins formé.e.s, ou plus flemmard.e.s, ou que sais-je (le genre de discours de vieux boomer comme moi, quoi).

Non. Ils et elles ne veulent plus bosser comme nous à leurs âges simplement parce que pourquoi.

Pour quoi? Dans quel but?

Polluer plus? Gagner plus d’argent? Faire le nième voyage au Viêtnam (non mais c’est teeeeeellement bôôô)? La ixième super night à Ibiza départ le vendredi retour le lundi avec l’anus à la place du cortex pré-frontal? Le modèle 6 parce que le 4 était clai-re-ment insuffisant?

Avoir des responsabilités, alors? Vraiment? Presser les gens comme des citrons parce que? Bosser des heures de dingue parce que?

Les cyniques diront que c’est le moment idéal pour ressortir la bonne vieille recette jamais obsolète de la responsabilisation individuelle comme solution à tous les maux: trouve ton pourquoi et tu pourras alimenter la Bête Hideuse. Youpie.

Les moins cyniques, comme moi, diront que le personal purpose est une composante essentielle d’une ataraxie (absence de troubles) nécessaire à notre survie individuelle dans un monde qui ne nous donne pas beaucoup d’occasions de nous réjouir.

Et, justement, une de ces occasions, et bien nous la trouvons… au boulot, quand nous sentons une équipe se cristalliser autour d’un projet, se mobiliser pour une cliente, se sentir bien parce que chacun a trouvé sa place, son sens, grâce à un personal purpose honnête et réaliste.

D’ailleurs, demandez aux personnes qui ont de la peine à y entrer ou y rester, dans le monde du travail: la composante sociale est souvent déterminante dans la souffrance qu’elles expriment.

Alors oui, parler de personal purpose, c’est un peu comme présenter la charité comme solution à la misère: pas idéal.

En attendant, si vous avez mieux, je suis preneur.

Sur le même sujet

billet-bannière

Une app à la rescousse!

Une de mes connaissances m’a soufflé une idée géniale. Être un-e manager en 2021, c’est dur: en plus de faire tourner le business, on leur

billet-bannière

Recrutement cultivé

Si toutes les entreprises étaient « dynamiques et humaines » et si tous les postes offerts étaient « stimulants et enrichissants » dans des cadres de travail « flexibles et

billet-bannière

J’ai une solution, et alors?

Quand une personne m’interpelle sur un problème, je me mets en mode solution. Il arrive donc que j’en trouve une. Ce qui se passe ensuite