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Le développement personnel, opium du peuple?

Vertigineux

J’écoutais récemment un podcast sur le boom de la mindfulness (pratique méditative centrée sur la “pleine présence consciente”), nouvel Eldorado de la psychologie clinique et du développement personnel. L’animateur demandait au spécialiste comment cette pratique pourtant bouddhiste pouvait apparemment s’affranchir de ses racines spirituelles et se retrouver aseptisée, packagée, prête à l’emploi par des gens pas du tout intéressés par cette spiritualité. Le spécialiste interviewé donnait alors l’exemple de gestionnaires de fonds spéculatifs utilisant cette pratique pour être encore plus performants et affûtés dans la recherche du profit maximal.

Le bouddhisme, reconnu pour ses qualités de spiritualité dégagée de la matérialité, enfante une pratique détournée en outil de profit financier.

Triste?

En entendant cet exemple, je me suis fait la réflexion suivante. Le hedge fund manager, plutôt que de se demander si la pratique qu’il utilise est faite pour augmenter les profits d’une entité sans visage, l’instrumentalise pour son propre profit: il se perfectionne, il se forme, il s’adapte à un système existant. Il joue son rôle de cynique moderne: plus de valeurs, plus de vertus. Je reste seul face au système immuable et pour survivre, je change.

Cette attitude que je viens de qualifier péjorativement de cynique semble en fait être la plus réaliste: qui va changer le Système? Qui va endosser l’habit du Don Quixote de service? Si le système perdure, la seule attitude raisonnable est de l’utiliser. Le développement personnel devient ainsi l’opium du peuple: plutôt que de partir en rébellion, je m’adapte, je profite du Système.

Intéressant

Il manque pourtant un élément essentiel à cette analyse quelque peu pessimiste: le feedback.

La société humaine est un système complexe, c’est-à-dire un ensemble d’éléments (les individus) en interaction (en communication) sans régulation centralisée. Le mot important est ici “interaction”. Ainsi, le comportement que j’adopte, ou, dit autrement, ma communication, déclenche automatiquement une réponse chez mon interlocuteur. Cette réponse, c’est justement le feedback qui, a son tour, va provoquer d’autres réactions chez d’autres individus ou en retour chez moi. Comme il est impossible pour un être humain de ne pas communiquer (P. Watzlawick), il est impossible de ne pas avoir de feedback. Ainsi, mon comportement adapté, dans un sens ou dans l’autre, aura une influence sur mon entourage et mon environnement, et donc sur le Système.

Improbable

Les pessimistes diront: absolument pas. L’influence sur l’environnement doit diminuer avec la distance (un peu comme la gravité ou la force électromagnétique); impossible d’influer à grande échelle, autant uriner dans un Stradivarius.

Les pessimistes auront tort. Une des caractéristiques intéressantes des systèmes complexes est justement la non-linéarité des effets. Une image (incorrectement) utilisée est celle du papillon qui bat des ailes en Asie et fait se soulever la robe de Marilyn Monroe à Washington. Ce n’est pas parce que vous ne changez qu’un tout petit aspect de votre comportement que l’effet sera limité ou local (ou les deux). Pensons à l’immolation du jeune Tunisien qui a provoqué le fameux printemps arabe. Le développement personnel n’est donc pas nécessairement une perte de temps.

Motivant

Cependant, ce que nous gagnons en impact, nous le perdons en prédictibilité: si je m’immole par le feu samedi matin sur la place du marché à Bienne en protestation contre les discriminations à l’encontre des porteurs de lunettes dans les piscines publiques, cela risque fort d’être en vain. Ainsi, mon comportement ne pourra avoir avec certitude un effet désiré.

Je me forme certes parce que je veux être plus efficace et plus adapté à mon milieu, mais je me forme aussi parce que je comprends que par mon nouveau comportement, je vais influer sur mon environnement positivement grâce aux feedbacks multiples que je vais générer. Sans être calculateur, je choisis les éléments de mon développement personnel pour aller dans le sens de relations plus vraies et donc plus sereines parce que c’est un choix personnel allant dans le sens d’une vie meilleure pour moi et peut-être pour les autres. Je suis conscient que le chemin est long, mais je m’y mets avec joie parce que je sais que le chemin est meilleur que l’auberge (Cervantès).

Finalement, l’opium du peuple reste ce qu’il a toujours été: un écran de fumée qui ne résiste pas à un peu de bonne volonté et beaucoup de travail.

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