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Intelligence collective?

Travailler en groupe, c’est mieux

Travailler en groupe, c’est mieux“. “On est plus intelligent à plusieurs que tout seul“. Combien de fois ces phrases sont-elles prononcées, tant dans le contexte privé que le contexte professionnel? Et pourtant, la véracité de ces propos n’est pas évidente.

Le groupe, un contexte difficile

En effet, travailler à plusieurs est difficile parce que la communication humaine est truffée d’obstacles liées à notre système perceptif (biais de perception), à notre manière de traiter l’information (biais cognitifs) ainsi qu’à notre manière d’exprimer nos opinions, idées et sentiments. De plus, la composition du groupe n’est pas toujours optimale: personnes pas intéressées, personnes trop intéressées; personnes envahissantes, personnes trop renfermées. Enfin, les capacités de chacun à appréhender le contenu des échanges sont très variables: l’intelligence individuelle, d’ailleurs très facile à mesurer, varie beaucoup d’une personne à l’autre.

Un mot sur l’intelligence

L’intelligence est définie par les psychologues dans la droite ligne de Spearman (1904!) : l’intelligence, c’est la capacité à effectuer une série de tâches dites cognitives (intellectuelles), comme du brainstorming, du raisonnement moral, de la planification, de la résolution de problèmes, etc. Ce qui est intéressant, c’est que cette capacité, appelée intelligence générale g, mesurée par le QI (quotient intellectuel), est la première raison qui fait qu’une personne résolvant bien un certain type de tâche cognitive possède également la capacité de résoudre bien d’autres tâches cognitives. Autrement dit, peu importe la tâche ou les conditions de résolution, une personne “intelligente”, i.e. qui possède une haute capacité à résoudre des tâches cognitives, aura plus de facilité à les résoudre qu’une personne “moins intelligente”.

Ce résultat est parmi les résultats les mieux établis en psychologie. Il est d’autant plus étonnant que l’on pourrait s’attendre à ce que les différents types de tâches demandent des compétences particulières; on pourrait également s’attendre à ce qu’être bon dans la résolution de certains types de tâches empêche d’être bon dans la résolution d’autres tâches. Ce n’est simplement pas le cas. Pire, g est très positivement corrélée avec de bons résultats scolaires et académiques, avec le succès dans divers domaines professionnels ainsi que du point de vue de l’espérance de vie.

Retour au groupe: existe-t-il une intelligence collective?

Serait-il ainsi possible que le groupe bénéficie d’une sorte d’intelligence collective c, qui permettrait au groupe de résoudre toute une série de tâches cognitives et qui ne dépendrait pas du type de tâche? La réponse est oui. Des chercheurs étasuniens ont testé cette hypothèse avec succès: l’intelligence collective existe bel et bien; elle se manifeste de la même manière que l’intelligence individuelle.

La prochaine question est de savoir de quoi dépend cette intelligence collective; notre première intuition est d’imaginer une intelligence collective dépendant de la somme des intelligences individuelles, ou de la moyenne de celles-ci.

Ce n’est pas le cas.

Dépendant de la plus haute intelligence dans le groupe, alors?

Non plus.

Sûrement de la cohésion du groupe, ou de sa motivation?

Toujours pas.

L’intelligence collective dépend de deux facteurs principaux: de la sensibilité sociale des personnes dans le groupe ainsi que d’un temps de parole équitable entre tous.

Sensibilité sociale?

La sensibilité sociale recouvre la capacité à percevoir chez les autres les signes émotionnels émis. Un test en ligne permet de mesurer sa propre sensibilité sociale. J’obtiens 86% de succès, ce qui doit être dû à l’entraînement constant que je reçois grâce à l’interaction régulière avec des groupes de formation ou des personnes que je coache. Il est donc possible d’améliorer son score s’il est bas.

Concrètement, comment faire si un groupe doit être formé pour résoudre un problème et que le diagnostic en sensibilité sociale est mauvais? Il suffit d’ajouter des femmes au groupe car les femmes sont socialement plus sensibles que les hommes (c’est une mesure, pas une prédiction).

Temps de parole?

Le groupe doit profiter des apports de tous ses membres. Un temps de parole régulé assure que les différents points de vue, idées et ressentis soient exprimés et pris en compte; c’est l’idée de la diversité des opinions comme source de créativité. Il s’agit donc de mettre en place des règles strictes permettant à tous de s’exprimer, par exemple au moyen d’outils comme le tour de table, l’expression individuelle écrite ou dessinée, etc. L’emphase sur ce point peut paraître excessive mais elle permet également d’éviter le groupthink (la pensée de groupe, ou pensée unique), ce phénomène durant lequel de mauvaises décisions sont prises: en effet, si une personne ou un petit nombre de personnes mènent la discussion et imposent leur vues, le risque de groupthink augmente.

L’intelligence collective, un outil à exploiter

La capacité d’un groupe à résoudre des problèmes dépend donc de la manière dont ses membres communiquent entre eux, soit de manière non-verbale (sensibilité sociale), soit verbale (temps de parole). Est-ce vraiment une surprise?

Ainsi, quand nous formons des groupes de travail, prêtons attention à leur composition et à la manière dont leurs groupes communiquent. La magie de l’intelligence collective fera le reste.

Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups, Anita Williams Woolley et al., Science 330, 686 (2010)

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