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Episode 162 Autonomie vs responsabilité collective

Cette semaine, nous discutons un texte que j’ai écrit pour mon CAS en philosophie et management.

Le voici:
Mon collègue de cours Bruno a lâché une bombe conceptuelle dans mon cerveau quand il a sous-entendu que certaines organisations prônaient l’autonomie pour ne pas avoir à prendre leurs responsabilités.

Cela ne m’était jamais apparu sous ce jour. Pour moi, l’appel à l’autonomie correspond au chemin vers l’autodétermination de Deci et Ryan qui permet, grâce à une internalisation des facteurs de motivation, d’éviter la dépendance : je n’ai plus besoin des félicitations de ma cheffe parce que je trouve mon job utile.

Je m’aperçois en écrivant ces lignes que j’ai posé la dépendance comme étant
négative. Pourquoi ? Je crois que j’ai, sans le vouloir, suivi le mode pensée libéral, devenu si omniprésent qu’il en devient une seconde nature : l’Homme est rationnel et individualiste ; c’est en construisant son propre bonheur qu’il construira une société heureuse.

Ce présupposé philosophique, hérité de Jeremy Bentham, est tenace.  Pourtant, la psychologie et les neurosciences modernes montrent que nos perceptions, siège de l’acquisition des données de l’ordinateur rationnel libéral, ne fonctionnent pas de manière neutre et nourrissent notre cerveau d’informations qui correspondent aux schémas mentaux déjà enregistrés. Pire : une très large majorité du fonctionnement calculatoire du cerveau a lieu en-dessous du seuil de la conscience. Homo rationalis n’a donc jamais existé.

Et homo individualensis, alors ? Rien, ne semble-t-il, n’a encore mis fin à cette illusion-là. Malgré les apports de la sociologie depuis Auguste Comte en 1839 déjà, le mythe d’un être individualiste, centré sur son propre bonheur plutôt que sur l’obéissance à un ou l’autre dieu, continue de dominer la pensée moderne. Comme si, à la sortie de l’ère obscurantiste imposée par l’Église catholique, nous avions jeté le bébé du lien nécessaire entre humains avec l’eau bénite du bain chrétien.

Dans une entreprise du 21ème siècle, ce débat en apparence théorique pose portant un problème épineux : de quel type de culture une organisation a-t-elle besoin ? De celle qui commence par le travail sur soi, la responsabilité individuelle envers et contre tout, donc qui permet un confort organisationnel proche du laisser-faire libéral, ou au contraire de celle qui promeut le travail sur l’organisation d’abord, et sur les personnes ensuite ?

En 2022, la réponse me semble claire : les programmes de formation sont centrés sur les compétences individuelles et les objectifs individuels sont la règle dans bien des entreprises, alors que le travail sur le fonctionnement et la qualité des conversations beaucoup plus rare.

Homo individualensis a donc encore de beaux jours devant lui
.

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