Pourquoi la régulation émotionnelle est importante
On a tous vécu ce moment. C’est lundi matin, ou jeudi après-midi. Une réunion qui dérape. Un chiffre qui tombe et qui n’est pas le bon. Une remarque passive-agressive d’un collègue en plein Comex. À l’intérieur, ça monte. Le rythme cardiaque accélère, la gorge se serre, ou alors, c’est le grand froid : on se fige.
Dans ces moments-là, il y a deux écoles classiques du leadership, et les deux sont des impasses. La première, c’est le mythe du dirigeant stoïque. Celui qui « laisse ses émotions à la porte ». Celui qui encaisse sans ciller. La seconde, c’est celle de l’authenticité mal comprise. Celle du leader qui « est entier », qui tape du poing sur la table parce qu’il « faut que ça sorte ».
Aujourd’hui, je veux vous parler d’une troisième voie. Une voie qui n’est ni de la répression, ni de l’explosion. Nous allons parler de régulation émotionnelle. Non pas comme une pratique de bien-être ou de développement personnel, mais comme une compétence technique critique. Une hygiène de sécurité pour votre organisation.
Parce que la réalité, c’est que si vous ne régulez pas votre propre système nerveux, vous êtes en train de déréguler celui de toute votre équipe.
Le coût caché de la suppression
Commençons par le mythe du robot. On a longtemps cru que pour bien décider, il fallait évacuer l’émotion. C’est faux, neurologiquement parlant. Antonio Damasio l’a montré il y a trente ans : coupez les émotions, et vous ne produisez pas un décideur rationnel, vous produisez quelqu’un d’incapable de choisir entre un stylo bleu et un stylo noir.
Mais le vrai problème du dirigeant qui « supprime », c’est le coût cognitif. Imaginez votre cerveau comme un ordinateur avec une mémoire vive limitée. « Faire semblant », garder un masque de marbre alors qu’on bouillonne, cela consomme une énergie phénoménale. C’est autant de bande passante qui n’est plus disponible pour écouter, pour analyser la stratégie ou pour percevoir les signaux faibles.
Plus grave : la fuite. Ce que vous supprimez finit toujours par sortir. Mais ça sort de travers. Ça ne sort pas en colère saine, ça sort en sarcasme. Ça sort en micro-management. Ça sort en silence radio punitif. En voulant « tenir », on devient toxique par capillarité.
L’illusion de l’authenticité brute
À l’opposé, nous avons l’excuse de la « passion ». « Je suis comme ça, je suis sanguin. » Soyons clairs entre nous : déverser son anxiété ou sa colère sur ses N-1, ce n’est pas du leadership, et ce n’est pas de l’authenticité. C’est de l’incontinence émotionnelle.
Quand une dirigeante explose, ou quand elle diffuse son stress sans filtre, elle augmente instantanément certains circuits neuronaux liés aux mécanismes de la peur. Conséquence immédiate ? Leur cortex préfrontal, le siège de la réflexion complexe et de la créativité, se déconnecte. En ne vous régulant pas, vous avez littéralement rendu votre équipe plus bête. Ils passent en mode survie : vision tunnel, évitement du risque, obéissance aveugle. Vous vouliez de l’agilité et de l’intelligence collective ? Vous venez de les tuer en haussant le ton.
Le leader comme thermostat
C’est ici qu’intervient l’approche systémique. En tant que RH ou dirigeant, vous êtes le thermostat de l’organisation. La contagion émotionnelle est un fait biologique documenté. Grâce aux neurones miroirs, l’état du leader se propage au groupe plus vite qu’un virus. Si vous entrez dans une pièce en étant agité, l’équipe s’agite. Si vous êtes écrasé, l’équipe s’éteint.
Votre responsabilité n’est donc pas seulement stratégique ou opérationnelle. Elle est physiologique. Votre humeur est votre principal outil de travail.
C’est là que réside le vrai travail, souvent invisible. Le concept clé ici est le « Containment » (la contenance). C’est la capacité d’absorber le chaos, l’incertitude ou l’anxiété ambiante, de les traiter en interne, et de ne redonner à l’équipe que ce qui est digérable et appréhendable. Ce n’est pas mentir, c’est filtrer. Et du coup, c’est aussi enseigner par l’exemple.
Conseils pratiques : Comment réguler ?
Alors concrètement, comment on fait quand tout brûle ? On ne va pas se mettre à méditer en lotus en plein milieu d’un Comex. Voici trois leviers pragmatiques.
1. La règle des 90 secondes La neurobiologiste Jill Bolte Taylor nous apprend qu’une émotion, en tant que réaction chimique pure, ne dure que 90 secondes dans le corps. Tout ce qui dure plus longtemps, c’est de la rumination mentale. C’est nous qui relançons la machine. Quand le « pic » arrive : taisez-vous. Ne décidez rien, ne dites rien, n’envoyez pas ce mail. Attendez une minute trente. Laissez la chimie redescendre pour que l’intelligence revienne. Respirez, prenez des notes, dessinez, déchirez des petits morceaux de papier.
2. Le « Check-in » interne Avant d’entrer dans une réunion à enjeu ou de faire un feedback, posez-vous cette question simple : « Dans quel état est mon système nerveux ? » Suis-je en mode attaque ? En mode fuite ? Si la réponse est oui, vous n’êtes pas en état de diriger. Vous êtes en état de réagir. Nommer l’émotion (« Je suis anxieux parce que les chiffres sont mauvais ») permet souvent, paradoxalement, de reprendre le contrôle dessus (c’est l’effet « Name it to tame it »).
3. L’annulation explicite On reste humains. On va rater. On va s’énerver. Le secret n’est pas la perfection, c’est la réparation. Si vous avez dérapé, revenez voir la personne. Ne vous justifiez pas sur vos intentions (« Je voulais juste que ça avance »). Excusez-vous sur l’impact : « Je me suis emporté tout à l’heure, et je réalise que ça a fermé la discussion. Je m’en excuse. » C’est un signal de sécurité psychologique extrêmement puissant.
Conclusion
Pour conclure, j’aimerais qu’on change notre regard sur ce sujet. La régulation émotionnelle n’est pas un « soft skill » gentillet. C’est la compétence racine. Si celle-ci saute, votre vision stratégique ne sert à rien, car personne ne pourra l’entendre. Votre calme n’est pas un luxe. C’est l’infrastructure sur laquelle repose la performance de votre équipe.
Episode préparé avec une IA.
