Table des matières

Qu’est-ce que la PNL?

Depuis plus de 40 ans, la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) connaît un énorme succès populaire et commercial: livres, formations, certifications. Ses domaines d’application sont nombreux: coaching professionnel, coaching sportif, développement personnel, techniques de ventes, etc.

Mais qu’est-ce que la PNL? La définition donnée par ses auteurs (Bandler et Grinder) dans les années 70 est très large: «étude de l’expérience subjective». D’autres définitions trouvées dans la littérature n’aident pas vraiment à distinguer la PNL d’autres pratiques. Il apparaît ainsi très vite que la PNL renvoie avant tout à un ensemble de techniques empruntées à d’autres disciplines, mises sous un chapeau commun. Les plus cyniques diront sous un chapeau commercial. La PNL est donc un concept dont l’objet principal est de mettre en relation les représentations mentales, le langage, la mémoire, les idées et les comportements. Elle a ainsi créé des passerelles entre toutes ces facettes pour les combiner et assister des objectifs de performance, qu’ils soient personnels, sportifs, thérapeutiques.

L’idée de base des auteurs de la PNL était d’extraire les meilleures pratiques thérapeutiques en observant les psychothérapeutes stars de l’époque comme Perls (Gestalt), Erickson (hypnose) ou Satir (thérapie familiale). Pour une raison obscure, ils ne firent jamais tester et valider leur théorie, comme le veut le processus scientifique standard; ils passèrent directement à l’écriture d’ouvrages grand public – and the rest is history.

La PNL aujourd’hui

Où en sommes-nous aujourd’hui? Il est clair que la PNL est une pseudoscience, au même titre que l’astrologie ou l’homéopathie.

Allons sur le site pnl.ch, mis à jour en 2019.

Dans la FAQ, nous trouvons:

[Les postulats de la PNL] constituent de simples hypothèses servant de base au travail. 
Sans se préoccuper de prouver leur véracité, les postulats de la PNL sont là comme une invitation à tester leur utilité par la pratique.

C’est très fort: la PNL déclare qu’elle se place en dehors de toute question sur ses fondements – il suffit de “tester”! C’est  la base du raisonnement circulaire: j’invite des postulats qui m’arrangent; quand leur conclusion semble probante, je l’attribue à ces postulats; quand leur conclusion ne l’est pas, j’attire l’attention sur leur qualité de “simple hypothèse”.

Quels sont ces postulats? Les voici, toujours grâce à pnl.ch:

1. La carte n’est pas le territoire (Alfred Korzybski).
2. Chaque personne possède ou peut acquérir les ressources dont elle a besoin pour changer et/ou atteindre ses objectifs.
3. Dans la communication, il n’y a pas d’échec, seulement du feedback.
4. Tout comportement obéit à une intention positive.
5. Un modèle du monde satisfaisant est un modèle du monde qui offre le plus grand éventail possible d’options.
6. Le sens de la communication est donné par la réponse qu’elle produit, quelle que soit l’intention du communicateur.
7. Lors d’une interaction entre plusieurs personnes, celle qui a le plus de flexibilité et de variations dans son comportement 
contrôlera le résultat de l’interaction.
8. 93 % de la communication est non-verbale.
9. Le corps et l’esprit sont des aspects d’un même système cybernétique* et s’influencent mutuellement (Gregory Bateson).
10. L’interaction humaine est systémique par nature.
11. Le changement c’est l’espace-temps qui sépare l’état présent de l’état désiré.

Quelques commentaires:

  1. Postulat qui tend à se vérifier en neurosciences (représentations neuronales);
  2. C’est un truisme (c’est toujours vrai), et donc pas un postulat;
  3. Est-ce vrai pour tous les types de communication? J’ai un soupçon de généralisation abusive;
  4. Un vrai postulat, mais cela pourrait être pris comme un sophisme d’imprécision puisqu’en fonction de la définition que l’on donne du mot “intention”, l’assertion est toujours vraie;
  5. Un vrai postulat;
  6. Un vrai postulat;
  7. Ce n’est pas un postulat, c’est une prédiction qui demande à être testée;
  8. C’est faux 🙂
  9. Le corps et l’esprit séparés sont une notion platonicienne (tiens, ils ont oublié de le citer) qui tend à être contredite par les neurosciences actuelles;
  10. Un vrai postulat;
  11. Une réalité physique donc scientifique (WOW!).

On voit donc bien que ces postulats sont au mieux courageux, au pire faux – pas de quoi en faire un business. Ou pas.

Mieux, toujours de pnl.ch:

Des sources scientifiques - bien que paraissant révolutionnaire et faisant partie de ces nouvelles techniques issues des États Unis, 
la PNL a puisé dans de nombreux courants scientifiques établis, notamment l’empirisme, le constructivisme, la sémantique 
générale, l’idéalisme et le pragmatisme.

Je vais faire mon malin:

  • Des techniques datant des années 70 ne me paraissent pas être très “nouvelles”;
  • Cela vient des Etats-Unis, et alors?
  • Ce n’est pas parce qu’un mot se termine en “-isme” que c’est un courant scientifique.

Mais c’est plus grave: comment dire sur la même page internet que 1) la PNL postule sans se soucier de rien 2) la PNL a des bases scientifiques? Soit 1) est vrai et dans ce cas, les bases scientifiques de la PNL ne servent à rien, soit 2) est vrai et dans ce cas la première phrase n’a aucun sens. C’est caractéristique d’une pseudoscience de prétendre être une science juste assez pour attirer les crédules, mais pas assez pour devoir se conformer à ses obligations.

Halte! Le site pnl.ch nous indique pourtant les sources scientifiques de la PNL:

Le problème est le suivant:

  • David Hume n’est pas un scientifique: c’est un philosophe qui n’a jamais mené une seule expérience scientifique de sa vie; il a vécu au 18ème siècle;
  • Alfred Korzybski a développé un champ linguistique… à lui tout seul; Wikipedia parle de “independant scholar”; il est mort en 1950;
  • Hans Vaihinger n’est pas un scientifique, c’est un philosophe qui, comme Hume, n’a jamais mené une seule expérience scientifique de sa vie; il est mort en 1933;
  • Gregory Bateson est plus intéressant: c’est un scientifique, qui a publié (peu); il est mort en 1980;
  • William James est le monstre dans la liste, c’est le père de la psychologie américaine; il est mort en 1910.

De cette liste fort intéressante, on peut tirer une première conclusion: la PNL n’est pas une science (ce qu’elle revendique, et ce que Bandler revendiquait d’ailleurs lui-même), c’est bien une pseudoscience. Ensuite, dans des domaines aussi fluides que les neurosciences, dont la PNL dépend puisque la plupart de ses champs d’actions y sont liés, n’avoir aucune référence plus récente est un sérieux désavantage, un peu comme si vous lisiez un manuel de programmation informatique… basé sur Windows 3.11.

Le verdict

La constatation embarrassante est que malgré son succès, la PNL n’a pas de bases scientifiques solides. Les différents articles consultés font tous le même constat: les effets des interventions basées sur la PNL sont indétectables ou très faibles. Une méta-analyse de 2012 montre par exemple que sur 1459 études sur la PNL, seulement 10 étaient expérimentales; sur ces 10, seulement 5 incluaient un groupe de contrôle. Sur ces 5, une seule trouvait un faible effet positif de la PNL. Dans une autre étude de 2010, sur 315 articles considérés, seulement 63 étaient publiés dans des revues sérieuses; sur ces 63, 33 étaient des analyses quantitatives ; sur ces 33, seulement 9 semblent soutenir les hypothèses de la PNL, bien que leurs bases méthodologiques laissent à désirer, alors que 18 études solides ne montrent aucun effet. Une étude de 2019 sur les effets du coaching PNL montre que ceux-ci sont inexistants.

Et pourtant, toujours sur pnl.ch:

Il est difficile de prouver si quelque chose fonctionne ou pas, de la même manière qu’il n’a jamais vraiment été établi que fumer 
provoque le cancer. 
On peut juste dire que les évidences de bons résultats sont nombreuses. 
En tant que telle, la PNL n’a pas été testée scientifiquement, mais elle a puisé ses sources sur des bases scientifiques, qui elles, 
ont été validées.

Le mensonge est évident.

Et alors?

Notre déontologie professionnelle nous invite à utiliser des techniques dont les bases théoriques sont prouvées d’une manière qui soit indépendante de la subjectivité; il est donc légitime de s’interroger sur la pertinence de la PNL dont la fiabilité est aussi peu démontrée: si je crois que faire le tour du bâtiment à cloche-pied est bon pour ma confiance en moi, grand bien m’en fasse; mais je ne peux décemment pas présenter cette technique comme une technique sérieuse de travail de la confiance en soi.

C’est la validation par une analyse scientifique rigoureuse qui me permet d’avoir confiance dans la théorie qui sous-tend ma pratique, pas ma croyance personnelle ou celle d’auteurs renommés.

Sources:

Passmore & Rawson (2019) Neuro-linguistic programming: a review of NLP research and the application of NLP in coaching. International Coaching Psychology Review, 14, 57.

Sturt J, Ali S, Robertson W, et al. Neurolinguistic programming: a systematic review of the effects on health outcomes. Br J Gen Pract. 2012;62(604):e757-e764. doi:10.3399/bjgp12X658287

Witkowski, T. (2010). Thirty-five years of research on Neuro-Linguistic Programming. NLP research data base. State of the art or pseudoscientific decoration? Polish Psychological Bulletin, 41(2), 58–66

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur whatsapp
Partager sur email
Partager sur print